Comment améliorer la qualité de l’air dans les espaces urbains

Un enjeu prioritaire de santé publique

L’air urbain conditionne directement notre qualité de vie. En Suisse comme ailleurs, la pollution atmosphérique est responsable chaque année de milliers de décès prématurés, avec des impacts avérés sur les maladies respiratoires, cardiovasculaires et neurologiques. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), aucune exposition à certains polluants comme les particules fines n’est sans effet sur la santé. En ville, où se concentrent population, trafic et activité économique, la situation est particulièrement préoccupante.

Face à cet enjeu, améliorer la qualité de l’air dans les espaces urbains est devenu un impératif. Cela implique une combinaison d’actions publiques, de solutions techniques et de changements dans les comportements individuels. Tour d’horizon des leviers concrets pour des villes plus respirables.

Les principales sources de pollution de l’air en milieu urbain

Avant de chercher des solutions, il est essentiel d’identifier les principales causes de la pollution urbaine. À ce jour, les experts s’accordent pour souligner trois sources principales :

  • Les transports routiers : malgré les progrès en matière de motorisation, les véhicules thermiques émettent encore d’importantes quantités de dioxyde d’azote (NO₂) et de particules fines (PM₁₀, PM₂.₅). Les embouteillages chroniques n’arrangent rien. À Genève, par exemple, le trafic routier est responsable de près de 50 % des émissions de NO₂, selon le Service cantonal de l’énergie.
  • Le chauffage domestique : le recours à des appareils de chauffage inefficaces ou vétustes, en particulier au bois, génère d’importantes émissions de particules fines en hiver, surtout en cas d’inversion thermique.
  • L’activité industrielle : bien que souvent en périphérie urbaine, certaines industries contribuent à la pollution au sein des agglomérations, notamment via les émissions de composés organiques volatils (COV) et de dioxyde de soufre (SO₂).

À ces sources s’ajoutent d’autres facteurs aggravants comme l’urbanisme dense, les faibles échanges d’air dans certaines vallées ou encore l’effet de chaleur urbaine.

Encourager la mobilité douce et décarbonée

Le secteur des transports étant souvent le principal contributeur à la pollution atmosphérique en ville, le premier levier est de repenser nos modes de déplacement. Cela passe par plusieurs axes :

  • Développer les infrastructures cyclables : la mise en place de pistes cyclables continues, sécurisées et reliées entre elles encourage la population à opter pour le vélo, même en milieu urbain dense. La ville de Bâle fait figure de bon élève, avec plus de 200 kilomètres d’aménagements cyclables.
  • Renforcer l’offre de transports publics : augmenter les fréquences, améliorer l’intermodalité (vélo + train ou bus par exemple), et rendre les titres de transport attractifs permet de réduire la dépendance à la voiture individuelle.
  • Encourager les véhicules bas-carbone : via des incitations fiscales, des bornes de recharge électrique accessibles ou l’adoption de zones à faibles émissions, de nombreuses villes suisses et européennes favorisent progressivement la motorisation électrique ou hybride rechargeable.

Un exemple significatif est la mise en place, dans certaines agglomérations suisses, de zones où seuls les véhicules considérés comme “propres” (selon leur vignette d’émission) peuvent circuler en cas de pic de pollution.

Repenser l’aménagement de l’espace urbain

La qualité de l’air ne dépend pas uniquement des émissions, mais aussi de la manière dont l’air circule et se renouvelle. L’aménagement urbain joue donc un rôle majeur. Voici quelques pistes adoptées par les collectivités les plus proactives :

  • Déminéraliser les espaces publics : remplacer les surfaces bitumées par des revêtements perméables, des espaces verts ou des plantations permet de réduire les îlots de chaleur et d’absorber une partie des polluants atmosphériques.
  • Créer des couloirs de ventilation urbaine : en préservant des ouvertures dans le tissu bâti, il est possible de faciliter la circulation naturelle de l’air et prévenir le confinement des polluants.
  • Installer des murs ou façades végétalisées : s’ils ne remplacent pas la réduction à la source des polluants, ces aménagements ont démontré un effet local bénéfique, surtout à proximité des axes très fréquentés.

Des études menées à Zurich ont par exemple montré que certains types de végétation urbaine pouvaient capter jusqu’à 25 % des particules fines en suspension dans leur périmètre immédiat. Un impact qui reste localisé, mais non négligeable dans les zones à fort passage.

Réglementer et surveiller : des politiques publiques efficaces

Les initiatives individuelles, aussi vertueuses soient-elles, ne suffisent pas sans un cadre réglementaire solide. En Suisse, la Loi sur la protection de l’environnement (LPE) fixe des valeurs limites pour plusieurs polluants majeurs. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) supervise leur application et publie régulièrement des données actualisées.

Cependant, certaines villes vont plus loin via des réglementations locales :

  • Limitations de vitesse temporaires lors de pics de pollution, pour minimiser les émissions liées aux transports.
  • Subventions pour le remplacement des chauffages au bois non performants.
  • Contrôles renforcés des installations industrielles, parfois avec obligation de modernisation sous peine de sanctions.

La clé de l’efficacité réside dans la rigueur de l’application et la transparence de l’information. De nombreux cantons ont ainsi mis en place des plateformes ouvertes de mesure en temps réel de la pollution de l’air, comme AirCheck, qui permet à chacun de consulter en ligne la qualité de l’air selon sa commune.

Sensibiliser et impliquer les citoyens

Au-delà des mesures techniques, les comportements individuels demeurent un facteur déterminant. Adopter une mobilité respectueuse de l’environnement, limiter le recours à des polluants domestiques (solvants, sprays), ou encore adapter son chauffage peut rapidement faire la différence à grande échelle.

Certaines villes suisses ont développé des campagnes de sensibilisation attractives, centrées sur des messages clairs : “Respirez, marchez, pédalez”, ou encore “Votre chauffage parle de vous”. D’autres ont opté pour des outils interactifs : capteurs personnels, applications mobiles, ou défis collectifs (comme des semaines sans voiture).

Des expériences de “citoyens capteurs”, où des volontaires équipés de stations de mesure mobiles documentent les variations de la qualité de l’air, ont permis de visualiser plus concrètement les effets liés au trafic ou aux conditions météo. Ces données participatives sont précieuses pour informer, mais aussi pour appuyer les décisions publiques.

Des technologies au service d’un air plus sain

L’innovation technologique peut également jouer un rôle important dans la lutte contre la pollution urbaine. On observe une montée en puissance rapide des solutions connectées :

  • Capteurs de qualité de l’air intelligents : intégrés dans le mobilier urbain ou embarqués sur les transports, ils permettent un suivi fin et en temps réel des concentrations polluantes.
  • Systèmes de gestion dynamique du trafic : en adaptant les feux de signalisation ou l’affichage en cas de congestion, ces systèmes réduisent les accélérations inutiles, sources importantes d’émissions.
  • Matériaux photocatalytiques : utilisés dans certaines chaussées ou façades, ils réagissent à la lumière pour dégrader certains polluants. Leur efficacité à grande échelle reste discutée, mais des résultats prometteurs ont été obtenus dans des projets pilotes en Allemagne ou au Japon.

À Genève, des expériences sont en cours pour tester des abribus intégrant des filtres actifs capables de réduire localement l’exposition des usagers lors des pics de pollution. Une innovation qui interroge : faut-il filtrer l’air ou en réduire les causes ?

Vers une approche intégrée et cohérente

Améliorer durablement la qualité de l’air en ville nécessite une approche systémique : réduire les émissions à la source, adapter l’urbanisme, impliquer les citoyens et utiliser les technologies avec discernement. Il ne s’agit pas de choisir entre solutions individuelles et politiques publiques, mais de les articuler efficacement.

La tendance actuelle va dans ce sens : de plus en plus de villes participent à des programmes globaux, comme le “Air Quality Programme” piloté par l’Union européenne ou le “BreatheLife” mené par l’OMS. Ces dispositifs favorisent l’échange de bonnes pratiques, le financement de projets innovants et la coordination à l’échelle régionale ou nationale.

La qualité de l’air que nous respirons n’est pas une fatalité. Elle peut être améliorée, à condition de combiner lucidité, volonté politique et engagement collectif. Car derrière chaque mesure prise se joue un bénéfice tangible : celui de respirer un air plus sain, aujourd’hui et pour les générations à venir.