La pollution automobile et ses effets sur la santé des enfants

21 février 2025 by Aucun commentaire

Un cocktail toxique au quotidien

La pollution automobile fait partie de notre paysage urbain. Invisible pour certains, omniprésente pour d’autres, elle est aujourd’hui reconnue comme l’un des principaux facteurs de dégradation de la qualité de l’air, et ses effets sur la santé sont bien documentés. Ce qui est moins évident — quoique d’une gravité préoccupante —, ce sont les conséquences spécifiques sur la santé des enfants. Pourquoi ce public est-il particulièrement vulnérable ? Quels sont les risques réels ? Et quelles actions peuvent être envisagées ?

Pollution automobile : une composition inquiétante

Le trafic routier n’émet pas qu’un seul type de polluant ; c’est un mélange complexe de substances potentiellement dangereuses, dont :

  • Les particules fines (PM10 et PM2.5), issues principalement de la combustion du diesel et de l’usure des pneus et des freins ;
  • Les oxydes d’azote (NOx), favorisés par les moteurs diesel ;
  • Le monoxyde de carbone (CO), produit par une combustion incomplète ;
  • Le benzène et d’autres composés organiques volatils (COV) ;
  • L’ozone troposphérique, résultant de réactions chimiques entre plusieurs polluants primaires.

Ce mélange, transporté par l’air, évolue avec la météo, le relief et l’intensité du trafic. Contrairement à une croyance répandue, être à l’intérieur d’une voiture n’offre pas une réelle protection : les enfants passagers sont souvent exposés à des concentrations de polluants supérieures à celles de l’air extérieur, notamment lors de bouchons ou aux feux rouges.

Pourquoi les enfants sont-ils plus à risque ?

Leur physiologie unique les rend particulièrement vulnérables. Avec des poumons en pleine croissance, un système immunitaire encore immature et une fréquence respiratoire plus élevée que celle des adultes, les enfants inhalent plus de polluants par kilogramme de masse corporelle. Ajoutons qu’ils passent plus de temps à l’extérieur, souvent à proximité des zones de circulation.

La proximité est un facteur de risque critique. Une étude menée à Barcelone (CREAL, 2016) a montré que des enfants fréquentant des écoles situées à moins de 100 mètres d’axes routiers importants présentaient une capacité respiratoire réduite de 6 % en moyenne comparée à celle d’enfants scolarisés dans des zones moins exposées.

Quels impacts sur leur santé ?

Les conséquences sur la santé des enfants sont multiples. Loin d’être anecdotiques, elles peuvent affecter durablement leur développement physique, cognitif et émotionnel.

Affections respiratoires chroniques

Le lien entre pollution automobile et asthme est bien établi. Selon l’OMS, jusqu’à 14 % des cas d’asthme chez les enfants vivant dans des zones urbaines peuvent être attribués à l’exposition aux polluants de la circulation. La pollution aggrave aussi les symptômes chez les enfants déjà atteints : toux persistante, respiration sifflante, crises plus fréquentes…

Impact sur le développement cognitif

Moins intuitif mais tout aussi alarmant : des études démontrent une corrélation entre l’exposition chronique à la pollution automobile et une baisse des performances cognitives. Une recherche menée à Barcelone (Sunyer et al., 2015) indique que les enfants exposés à des niveaux élevés de NO₂ à proximité de leur école montraient des progrès plus lents dans leurs capacités de mémoire de travail et d’attention.

Effets sur le développement fœtal

L’exposition ne commence pas à la naissance. Plusieurs travaux, dont ceux conduits en Europe par le programme ESCAPE, montrent que les femmes enceintes exposées à la pollution liée au trafic routier ont un risque accru d’accoucher d’enfants de faible poids, avec un risque plus élevé de complications néonatales.

Et en Suisse ?

Contrairement à certaines idées reçues, la Suisse n’est pas épargnée. Les données de l’OFEV (Office fédéral de l’environnement) révèlent que dans certaines zones urbaines, notamment à Genève, à Lausanne et à Zurich, les niveaux de NO₂ dépassent régulièrement les recommandations de l’OMS, malgré l’amélioration globale de la qualité de l’air sur les deux dernières décennies.

Des campagnes de mesure menées par l’Observatoire suisse de la santé (Obsan) suggèrent que près de 10 % des enfants âgés de 6 à 15 ans présentent une forme d’asthme, une proportion en augmentation dans les régions à forte densité urbaine. L’exposition aux polluants issus du trafic est désignée comme l’un des principaux facteurs de cette tendance.

Les zones scolaires ne sont pas épargnées : plusieurs écoles primaires se situent à proximité immédiate d’axes à fort trafic, sans dispositifs spécifiques pour limiter l’exposition (barrières végétales, ventilation filtrée, etc).

Quels leviers d’action ?

Faut-il pour autant vivre en dehors de toute zone urbaine pour protéger ses enfants ? Pas nécessairement, mais des solutions existent, tant à l’échelle collective qu’individuelle.

À l’échelle politique et urbanistique

  • Limitation du trafic à proximité des écoles : Plusieurs villes européennes comme Londres, Paris ou Milan expérimentent des « zones scolaires sans voitures » durant les heures de classe. Résultat : baisse mesurable des niveaux de NO₂ ambiants.
  • Végétalisation des abords : Les haies et arbres plantés stratégiquement peuvent filtrer une partie des particules fines.
  • Amélioration des transports publics et infrastructures cyclables : Moins de voitures, c’est moins de pollution générée.

Au niveau individuel

  • Choisir un itinéraire moins exposé : Une rue secondaire, même légèrement plus longue, peut réduire l’exposition de 30 à 60 %.
  • Limiter l’usage de la voiture pour les trajets courts : Ironiquement, ce sont les trajets les plus courts, avec moteur froid, qui génèrent le plus de polluants.
  • Éviter de stationner au ralenti : Laisser le moteur en marche devant l’école contribue à augmenter les concentrations locales de polluants.
  • Optimiser la ventilation en voiture : Pendant les embouteillages, fermer les fenêtres et mettre la ventilation en mode recirculation peut significativement réduire l’exposition.

Une responsabilité collective à envisager dès maintenant

La protection de la santé des enfants face à la pollution automobile ne peut pas reposer sur de simples initiatives ponctuelles. C’est un enjeu de santé publique à long terme. Si les politiques publiques peinent parfois à suivre le rythme des constats scientifiques, les données sont pourtant claires : l’exposition quotidienne à la pollution du trafic routier affecte de manière directe et parfois irréversible la santé des plus jeunes.

Changer nos habitudes de déplacement, repenser l’aménagement des villes et adopter des mesures réalistes et ciblées peut contribuer à inverser cette tendance. L’enjeu est trop important pour le reporter à demain. Après tout, nos enfants respirent l’air que nous générons aujourd’hui.