L’effet des oxydes d’azote sur la santé des citadins
Comprendre les oxydes d’azote : origine et nature
Les oxydes d’azote (NOx) désignent un ensemble de composés gazeux comprenant principalement le monoxyde d’azote (NO) et le dioxyde d’azote (NO2). Ils sont issus majoritairement de la combustion de carburants fossiles, notamment dans les moteurs thermiques des véhicules, les installations industrielles et les centrales électriques.
Le NO est d’abord émis lors de la combustion, puis il s’oxyde dans l’atmosphère pour former du NO2, un polluant bien plus toxique pour la santé humaine. En milieu urbain, la concentration en NO2 est souvent utilisée comme indicateur de la pollution liée au trafic routier.
Une exposition omniprésente en milieu urbain
La majorité de la population européenne vit aujourd’hui dans des zones urbaines, où le transport routier reste une source dominante d’émissions de NOx. En Suisse, par exemple, plus de 70 % des émissions de NOx sont associées à la circulation automobile, selon l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).
Dans certains centres-villes, les concentrations en NO2 dépassent régulièrement les valeurs limites recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit 10 µg/m³ en moyenne annuelle. À Genève comme à Zurich, les stations de mesure affichent encore des pointes alarmantes sur les axes routiers fréquentés.
Quels effets sur la santé des citadins ?
Les effets de l’exposition aux oxydes d’azote sont multiples. Ce sont les voies respiratoires qui en subissent les conséquences les plus directes. Une exposition prolongée, même à de faibles concentrations, peut :
- aggraver l’asthme et les maladies respiratoires chroniques ;
- réduire la fonction pulmonaire, en particulier chez les enfants et les personnes âgées ;
- augmenter la sensibilité aux infections respiratoires telles que la bronchite ou la pneumonie.
Le NO2 agit comme irritant. Il pénètre dans les bronches et déclenche des inflammations répétées qui peuvent, à long terme, endommager les tissus pulmonaires. Des recherches de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ont révélé un lien significatif entre la présence de NO2 dans l’air urbain et l’augmentation des hospitalisations pour troubles respiratoires.
L’impact n’est pas uniquement respiratoire. Des études suggèrent également des effets cardiovasculaires indirects, dus à l’inhalation régulière de nombreuses particules issues de la réaction chimique entre le NOx et d’autres polluants présents dans l’air (ozone, particules fines).
Qui est le plus exposé ?
Les habitants des centres-villes, les enfants, les seniors, les cyclistes ou encore les agents de circulation figurent parmi les groupes les plus touchés. En raison de leur proximité avec le trafic routier, ils inhalent ces polluants de manière constante.
Les enfants sont particulièrement vulnérables. Leur système respiratoire étant encore en développement, une exposition chronique pendant les premières années de vie peut entraîner une capacité pulmonaire réduite durablement. Un rapport de l’OMS souligne qu’en Europe, près d’un enfant sur trois est exposé à des niveaux de NO2 excédant les recommandations sanitaires.
Des cas concrets illustrant l’impact sanitaire
À Paris, en 2020, un rapport de qualité de l’air a révélé que dans certaines zones proches du périphérique, les enfants scolarisés présentaient jusqu’à 30 % de symptômes asthmatiques en plus par rapport à ceux vivant dans des quartiers moins exposés. En Suisse, une étude menée dans les cantons de Vaud et Genève a observé une corrélation entre NO2 et les consultations en urgence pour troubles respiratoires durant les pics de pollution hivernaux.
À Londres, le décès en 2013 d’Ella Adoo-Kissi-Debrah, une fillette de 9 ans, a été directement attribué aux niveaux excessifs de dioxyde d’azote dans sa zone résidentielle. Ce fut le premier cas officiel dans lequel l’exposition à un polluant de l’air a été reconnue comme cause de décès par un tribunal britannique. Une illustration marquante des dangers invisibles qui nous entourent.
Oxydes d’azote et maladies chroniques : un lien de plus en plus solide
Les liens entre pollution de l’air et santé respiratoire sont désormais bien établis. Toutefois, plusieurs études récentes vont plus loin en explorant le rôle des NOx dans le développement de maladies chroniques, voire dégénératives.
Une étude publiée dans The Lancet Planetary Health en 2022 a mis en lumière une corrélation entre l’exposition au NO2 et l’apparition de formes précoces de la maladie d’Alzheimer. Selon les chercheurs, les effets oxydatifs du dioxyde d’azote pourraient altérer les barrières hémato-encéphalitiques et favoriser l’inflammation cérébrale à long terme.
Ces pistes, bien que nécessitant des recherches complémentaires, alertent déjà les autorités sanitaires sur la nécessité d’un encadrement plus strict de ce type de polluant.
Des normes encore insuffisantes ?
En 2021, l’Union européenne fixait la valeur limite annuelle de NO2 à 40 µg/m³. Une valeur bien au-dessus de celle recommandée par l’OMS (10 µg/m³). Cet écart soulève une question : les réglementations actuelles sont-elles vraiment suffisantes pour protéger la santé publique ?
En Suisse, les normes nationales sont plus strictes que la moyenne européenne, avec une valeur limite annuelle fixée à 30 µg/m³ selon l’OFEV. Mais même cette norme reste dépassée à proximité des grands axes routiers. Plusieurs villes envisagent donc des mesures supplémentaires, comme la création de zones à faibles émissions ou la promotion accrue des modes de transport doux.
Vers des solutions durables
Face à ce constat, quelles options s’offrent aux citadins pour limiter leur exposition ? Plusieurs pistes se dessinent, à la fois individuelles et collectives :
- Favoriser les mobilités actives dans des zones moins polluées (itinéraires cyclables éloignés du trafic) ;
- Éviter les activités sportives intenses à proximité des axes routiers ;
- Véhicules : encourager la transition vers l’électromobilité, particulièrement en zone urbaine ;
- Renforcer la végétation urbaine pour absorber partiellement les polluants ;
- Améliorer les politiques de transport et encourager l’usage des transports publics non diesel.
Dans certaines villes comme Oslo ou Madrid, des mesures ambitieuses ont déjà été mises en place pour interdire les véhicules diesel dans certaines zones centrales ou pour piétonniser des quartiers entiers. Ces politiques illustrent une volonté croissante d’intégrer les enjeux de santé publique dans la planification urbaine.
Un enjeu de santé publique à ne pas sous-estimer
L’air que l’on respire tous les jours, surtout en ville, influence directement notre santé. Les oxydes d’azote représentent un polluant clé, dont les effets, bien que souvent invisibles, sont tangibles et durables. Bronchites répétées, asthme, troubles cardiovasculaires : ces pathologies sont devenues tristement familières dans l’environnement urbain moderne.
Agir sur cette source de pollution, c’est améliorer la qualité de vie dans les villes, réduire les dépenses de santé à long terme, et protéger les générations futures. Chaque geste compte, mais c’est surtout par des politiques publiques ambitieuses que des résultats significatifs pourront être atteints.
En attendant, la vigilance reste de mise. Car une simple marche dans une rue encombrée aux heures de pointe, ce n’est pas anodin. Pas pour nos bronches. Ni pour notre cœur.