Les impacts des feux de forêt sur la pollution atmosphérique
Des feux de forêt de plus en plus fréquents et intenses
Depuis quelques décennies, les feux de forêt connaissent une augmentation notable en fréquence, en intensité et en superficie brûlée. Que ce soit en Amérique du Nord, en Australie, en Amazonie ou plus récemment en Europe du Sud, ces événements naturels – souvent accentués par des activités humaines – ont des conséquences majeures non seulement sur la biodiversité et les habitats, mais également sur la qualité de l’air à l’échelle locale, régionale et parfois même mondiale.
Ce phénomène n’est pas anodin : en 2023, les incendies au Canada ont émis plus de 1,4 milliard de tonnes de CO₂, selon les données du service de surveillance atmosphérique Copernicus. Cela représente presque le triple des émissions annuelles de gaz à effet de serre de la France entière. Un tel volume de particules et de gaz relâchés dans l’atmosphère pose un véritable enjeu sanitaire et environnemental.
Que libère réellement un feu de forêt dans l’atmosphère ?
Un feu de forêt, bien plus qu’une simple combustion de bois, agit comme une immense centrale chimique à ciel ouvert. Lors de la combustion de la biomasse, de nombreux polluants sont libérés :
- Monoxyde de carbone (CO) : un gaz asphyxiant qui peut atteindre des concentrations très élevées à proximité des incendies.
- Dioxyde de carbone (CO₂) : le principal gaz à effet de serre issu de la combustion complète du bois.
- Particules fines (PM2.5 et PM10) : ces microparticules pénètrent profondément dans les poumons et sont responsables de diverses maladies respiratoires et cardiovasculaires.
- Composés organiques volatils (COV) : certains sont des précurseurs de l’ozone troposphérique, un polluant secondaire.
- Oxydes d’azote (NOx) : précursseurs de l’ozone et irritants respiratoires.
Cette combinaison de polluants transforme littéralement l’air en un mélange toxique, particulièrement dangereux pour les populations situées à proximité immédiate… mais pas seulement.
Un impact bien au-delà des zones brûlées
L’un des aspects les plus préoccupants des feux de forêt est leur capacité à affecter la qualité de l’air à des milliers de kilomètres de leur point d’origine. Cela s’explique par la dispersion des fumées via les courants atmosphériques.
Un exemple saisissant : en juin 2023, les incendies au Canada ont provoqué une détérioration catastrophique de la qualité de l’air à New York et dans plusieurs grandes villes de la côte est des États-Unis. L’indice de qualité de l’air (AQI) a dépassé à plusieurs reprises le seuil des 300, considéré comme « très dangereux ».
En Europe aussi, les grands incendies qui ont touché la Grèce, l’Espagne ou encore le Portugal ont engendré des nuages de particules visibles jusqu’en Suisse ou en Allemagne, affectant temporairement la qualité de l’air dans ces pays.
Autrement dit, même si vous habitez loin des forêts, vous n’êtes pas forcément à l’abri des effets de ces feux.
Des effets prouvés sur la santé humaine
Inhaler les émanations d’un feu de forêt n’est pas anodin. Plusieurs études épidémiologiques ont permis d’établir un lien clair entre l’exposition prolongée ou répétée à la fumée des incendies et l’augmentation de certaines pathologies :
- Troubles respiratoires (asthme, bronchite chronique, dyspnée)
- Maladies cardiovasculaires, accentuées par la présence de particules fines
- Fonte cognitive temporaire, en particulier chez les enfants et les personnes âgées
- Aggravation de maladies existantes (diabètes, maladies auto-immunes)
Un rapport publié par le Journal of the American Heart Association en 2022 souligne que chaque journée d’exposition à un air pollué par un feu de forêt peut faire augmenter de 5 à 7 % les admissions hospitalières pour maladies cardiovasculaires.
En plus des effets chroniques, les incendies de forêt représentent également une menace immédiate pour les personnes vulnérables, comme les personnes âgées, les enfants ou les personnes souffrant de pathologies respiratoires.
Quelles régions sont les plus exposées ?
La dangerosité d’un feu de forêt dépend de nombreux facteurs : type de végétation brûlée, durée de l’incendie, météo, topographie… mais aussi de la densité de population autour du foyer.
Les régions les plus à risque du point de vue de la pollution de l’air engendrée par les feux sont :
- La Californie et l’Ouest des États-Unis
- Le sud du Canada (Colombie-Britannique, Alberta)
- Le Sud-Est asiatique (notamment l’Indonésie lors des feux liés à la déforestation)
- L’Amérique du Sud (forêt amazonienne)
- Le bassin méditerranéen (Grèce, Italie, Espagne, Turquie)
Il est à noter qu’en raison du réchauffement climatique, ces zones de risque tendent à s’étendre. Des pays d’Europe centrale ou du Nord, peu habitués à faire face à de tels feux, commencent à se préparer à cette nouvelle réalité.
De la pollution épisodique à un phénomène chronique ?
Jusqu’à récemment, la pollution liée aux feux de forêt était perçue comme un événement exceptionnel, limité dans le temps et dans l’espace. Mais avec la multiplication des feux chaque année, cette pollution tend à devenir plus fréquente et plus persistante.
Peter Gleick, hydrologue et expert du climat, avertissait récemment lors d’une conférence de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) : « Nous sommes en train de passer d’une pollution accidentelle et saisonnière à un nouveau régime de pollution chronique, particulièrement dans l’hémisphère nord ».
Ce constat a des implications majeures pour les politiques de santé publique, l’urbanisme, et les systèmes d’alerte. Si les feux sont inévitables, il devient urgent de mieux protéger la population des effets de leur pollution.
Comment peut-on réduire l’impact de la pollution issue des feux ?
Agir sur les feux eux-mêmes passe par des politiques de prévention : débroussaillement, interdiction de certaines activités en période de sécheresse extrême, détection précoce via satellites… Mais en ce qui concerne la pollution de l’air, trois leviers sont essentiels :
- Informer les populations en temps réel : les applications comme IQAir ou Plume Labs permettent un suivi précis de la qualité de l’air, utile pour adapter ses activités quotidiennes.
- Mettre en place des protocoles sanitaires : distribution de masques FFP2, conseils pour l’aération des bâtiments, accès à des refuges climatiques ventilés.
- Adapter l’urbanisme : la création de zones vertes, de corridors de ventilation urbaine, ou encore l’installation de capteurs dans les écoles peuvent limiter les effets à long terme de cette pollution récurrente.
Au niveau individuel, il est conseillé par les professionnels de santé de limiter les activités physiques intenses à l’extérieur lors d’épisodes de mauvaise qualité de l’air. Il est aussi recommandé de fermer les fenêtres lorsque la fumée est dense et, si possible, d’utiliser un purificateur d’air à domicile.
Des feux plus nombreux dans un climat plus chaud
Parmi les facteurs qui favorisent les feux de forêt, le changement climatique joue un rôle clef. Des températures plus élevées, couplées à des épisodes de sécheresse plus fréquents, créent un terreau idéal pour les incendies.
Une étude du World Resources Institute indique que le nombre de jours à haut risque d’incendie pourrait doubler dans certaines régions d’ici 2050, si les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter au rythme actuel.
Cette dynamique crée un cercle vicieux : plus de feux => plus de CO₂ => plus d’effet de serre => davantage de chaleur et de sécheresse => encore plus de feux.
Briser ce cycle implique de traiter la source du problème, à savoir la dépendance mondiale aux énergies fossiles, mais aussi d’intégrer dans les politiques climatiques le rôle amplificateur des feux sur la pollution de l’air et la santé humaine.
Quand le ciel s’assombrit en pleine journée
Certaines images valent parfois plus que mille mots. Ces dernières années, plusieurs villes ont été plongées dans une atmosphère apocalyptique à cause de la fumée des feux de forêt. San Francisco sous une lumière orangée en septembre 2020. Athènes sous un épais nuage brun en 2021. Et en 2023, la Tour CN de Toronto quasi invisible sous un épais brouillard toxique.
Ces scènes, qui pourraient sembler sorties d’un film de science-fiction, sont désormais des réalités ponctuelles, mais amenées à devenir plus régulières. Elles rappellent que la question de la pollution des feux n’est pas un enjeu abstrait ou réservé aux scientifiques : c’est un phénomène qui touche directement nos poumons, notre quotidien et nos modes de vie.
Face à une problématique aussi transversale – mêlant écologie, santé publique et climat – la compréhension des mécanismes en jeu est plus que jamais essentielle. Non pour céder au catastrophisme, mais pour engager les bonnes actions, au bon moment et au bon endroit.