Les micro-organismes polluants présents dans l’eau potable
Une menace invisible dans nos robinets : les micro-organismes polluants
L’eau potable est considérée comme l’une des avancées majeures en matière de santé publique. Pourtant, malgré les normes strictes en vigueur en Suisse comme ailleurs, certaines formes de pollution microbiologique continuent de poser problème. Parmi celles-ci, les micro-organismes sont à la fois invisibles à l’œil nu et potentiellement dangereux pour la santé humaine. Mais que savons-nous réellement de leur présence dans notre eau potable ?
Origines des micro-organismes dans l’eau
Les micro-organismes présents dans l’eau potable peuvent avoir diverses origines. Ils proviennent principalement de sources naturelles, de contaminations fécales, d’infiltrations agricoles ou industrielles, ou encore de systèmes de distribution défectueux. Les bactéries, virus, protozoaires et algues microscopiques en sont les composantes principales.
Par exemple, lorsqu’il y a des précipitations excessives, l’eau ruisselle sur des surfaces contaminées (champs, routes, fosses septiques) et transporte avec elle une variété de micro-organismes jusqu’aux nappes phréatiques ou aux rivières, qui servent parfois de sources d’eau potable. Ce phénomène est accentué lors d’événements climatiques extrêmes, un facteur de plus en plus fréquent avec le dérèglement climatique.
Quels micro-organismes trouve-t-on dans l’eau potable ?
Plusieurs familles de micro-organismes sont connues pour leur capacité à contaminer l’eau potable. Voici les plus courantes :
- Escherichia coli (E. coli) : souvent présente après une contamination fécale, cette bactérie est un indicateur reconnu de pollution microbiologique. Certaines souches peuvent causer des diarrhées sévères et des complications rénales.
- Cryptosporidium et Giardia : ces protozoaires sont fréquemment rencontrés dans les eaux de surface contaminées par des déjections animales ou humaines. Ils résistent au chlore, ce qui les rend particulièrement difficiles à éliminer sans filtration adaptée.
- Legionella pneumophila : cette bactérie se développe dans les réseaux d’eau chaude mal entretenus (douches, climatiseurs) et peut provoquer la légionellose, une forme de pneumonie.
- Norovirus et rotavirus : parmi les virus les plus fréquemment détectés dans les épidémies hydriques, ils causent des gastro-entérites parfois sévères, notamment chez les enfants et les personnes âgées.
Si la plupart de ces micro-organismes ne sont présents qu’en quantités infimes, leur simple présence témoigne d’un dysfonctionnement du système de traitement ou de protection de la ressource en eau.
Comment les systèmes de traitement s’en protègent-ils ?
Le traitement de l’eau potable repose sur plusieurs étapes conçues pour éliminer la grande majorité des micro-organismes. Voici les principales barrières mises en place :
- Sédimentation et filtration : ces procédés physiques permettent d’éliminer les particules solides, y compris certains micro-organismes plus gros comme les protozoaires.
- Désinfection chimique : l’ajout de chlore ou d’autres désinfectants tue la plupart des bactéries et virus. Toutefois, certaines formes comme Cryptosporidium y sont insensibles.
- Filtration sur membrane ou ultrafiltration : technique plus récente, elle permet une élimination très fine, y compris de nombreux virus et protozoaires résistants aux désinfectants classiques.
La combinaison de plusieurs étapes est cruciale. Par exemple, certaines petites stations de traitement suisses ont opté pour une série de barrières physiques et chimiques afin de se prémunir même contre les menaces émergentes.
Quand la contamination passe à travers les mailles du filet
Malgré ces systèmes, des défaillances surviennent parfois. Un exemple marquant reste celui de Walkerton, au Canada, en 2000 : la contamination de l’eau par une souche pathogène d’E. coli a provoqué la mort de 7 personnes et rendu malades plus de 2300 habitants. Plus récemment en Europe, le parasite Cryptosporidium a été à l’origine d’interruptions du service d’eau potable dans plusieurs villes britanniques en 2015.
En Suisse, les cas restent rares mais pas inexistants. À titre d’exemple, un rapport de l’OFSP (Office fédéral de la santé publique) mentionne plusieurs alertes sanitaires locales liées à la présence de coliformes totaux dans certains captages communautaires, notamment après des événements climatiques exceptionnels comme des inondations.
Sensibilité accrue de certaines populations
Les micro-organismes pathogènes affectent différemment les individus selon leur état de santé. Si une personne en bonne santé peut rapidement surmonter une gastro-entérite virale, ce n’est pas le cas pour :
- Les personnes immunodéprimées (patients en chimiothérapie, VIH, greffes)
- Les nourrissons, dont le système immunitaire est immature
- Les personnes âgées, plus vulnérables et déshydratées rapidement
Ces groupes nécessitent une protection renforcée contre toute forme de pollution microbiologique dans leur alimentation et leur environnement, en priorité l’eau de boisson.
Surveillance et normes en vigueur en Suisse
En Suisse, la qualité de l’eau potable est surveillée de près. Des seuils très stricts sont imposés par l’Ordonnance sur l’eau potable, l’eau des installations de baignade et de douche accessibles au public (OPBD). Par exemple, l’eau ne doit contenir aucune bactérie coliforme dans un échantillon de 100 ml. Les analyses sont réalisées par les exploitants des réseaux de distribution, sous le contrôle des autorités cantonales.
De plus, la Confédération a mis en place des plans d’actions sur les micropolluants et la protection des zones de captage. Cependant, la lutte contre les micro-organismes demeure une opération complexe, notamment en milieu rural où les infrastructures sont parfois vieillissantes.
Que peut faire le citoyen ?
Il est possible de jouer un rôle actif dans la préservation de la qualité microbiologique de l’eau :
- Éviter les rejets de substances polluantes près de sources d’eau (jardins, fosses septiques, bétail)
- Effectuer un entretien régulier des installations domestiques (chauffe-eaux, adoucisseurs, réseau interne)
- Signaler toute anomalie de goût, d’odeur ou de turbidité aux autorités compétentes
Pour les foyers équipés de puits privés ou de captages artisanaux, un contrôle microbiologique régulier (au moins une fois par an) est indispensable. Des kits de prélèvement sont disponibles auprès de nombreux laboratoires agréés.
Des pistes pour améliorer la situation
La recherche continue de développer des outils plus performants. L’analyse génomique permet désormais d’identifier rapidement les agents pathogènes présents dans l’eau. Des capteurs intelligents connectés sont testés dans certains réseaux pour détecter en temps réel toute dégradation de qualité.
En parallèle, la pédagogie autour des bonnes pratiques agricoles, la régulation des effluents d’élevage et une meilleure résilience des infrastructures urbaines face aux aléas climatiques sont autant de leviers pour protéger durablement nos ressources hydriques.
Enfin, au sein même de nos foyers, la sensibilisation à la maintenance des installations sanitaires permettra de réduire les risques de prolifération de bactéries telles que Legionella, particulièrement dangereuses en été ou dans les bâtiments mal ventilés.
Un équilibre fragile mais maîtrisable
Bien que les micro-organismes dans l’eau potable soient un sujet complexe et parfois anxiogène, il est important de rappeler que l’eau en Suisse figure parmi les plus rigoureusement contrôlées au monde. Toutefois, ce niveau de sécurité reste conditionné à la vigilance constante des acteurs publics, des professionnels de l’eau, mais aussi des citoyens.
L’exemple de la lutte contre la legionellose, ou les améliorations apportées à certaines stations alpines suite à des contaminations fécales, montre qu’investir dans la qualité de l’eau est non seulement nécessaire mais efficace. La microbiologie de l’eau n’est pas qu’une affaire de laboratoires : elle commence dans nos rivières, nos sols, et même parfois… dans nos chaudières.
Alors, la prochaine fois que vous ouvrez le robinet, posez-vous cette question : d’où vient cette eau, et par où est-elle passée ? Si elle a réussi à traverser sans encombre les différentes barrières naturelles et technologiques, c’est sans doute grâce à une suite de choix bien plus complexes qu’il n’y paraît. Et cela mérite d’être salué.