Les microplastiques dans l’eau potable : un danger invisible pour la santé

28 mars 2025 by Aucun commentaire

Une présence insidieuse dans notre eau du robinet

Lorsque l’on ouvre le robinet pour boire un verre d’eau, on ne s’attend pas à y trouver autre chose que de l’eau pure. Pourtant, depuis plusieurs années, les recherches scientifiques alertent sur la présence de microplastiques dans l’eau potable. Invisibles à l’œil nu, ces fragments de plastique de moins de 5 millimètres sont aujourd’hui omniprésents, depuis les rivières de montagne jusqu’aux réseaux de distribution municipaux. Leur présence soulève une question préoccupante : y a-t-il un risque pour notre santé ?

Une contamination généralisée, mais encore peu régulée

En 2017, une étude de l’Université d’État de New York menée en collaboration avec Orb Media a analysé des échantillons d’eau du robinet provenant de plus de 14 pays. Résultat : 83 % des échantillons contenaient des microplastiques. En Europe, ce taux atteignait 72 %, un chiffre qui souligne la gravité de la situation même dans les pays dotés de systèmes de traitement de l’eau parmi les plus avancés.

Plus récemment, en 2022, une publication dans Environmental Science & Technology confirmait la présence de microplastiques dans plus de 90 % des échantillons étudiés dans des stations de traitement de l’eau potable. Malgré ces constats récurrents, les règlementations internationales restent embryonnaires. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a certes reconnu le problème, mais propose encore peu de directives strictes.

D’où viennent ces microplastiques ?

Les microplastiques présents dans l’eau sont généralement classés en deux catégories :

  • Les microplastiques primaires : ce sont des particules intentionnellement créées à petite taille. On les retrouve notamment dans les cosmétiques, les produits ménagers et les microbilles industrielles.
  • Les microplastiques secondaires : issus de la dégradation de déchets plastiques plus gros (sacs, bouteilles, emballages), ils se fragmentent lentement dans l’environnement sous l’effet de la lumière, des courants et du vent.

Par ailleurs, une source souvent méconnue est le lessivage de textiles synthétiques lors des lavages en machine. Chaque cycle de lavage peut libérer des centaines de milliers de fibres microscopiques, qui échappent aux filtres classiques et finissent dans les réseaux d’assainissement, puis dans l’environnement.

Pourquoi ces particules sont-elles dans notre eau potable ?

La réponse tient en deux mots : ubiquité et résilience. Les plastiques sont extrêmement stables et légers, ce qui leur permet de voyager loin et de rester intacts pendant des décennies. Une fois libérés dans la nature, ils se fragmentent progressivement et pénètrent dans les sols, les nappes phréatiques, les lacs et les rivières. Or, les stations de traitement de l’eau potable ne sont pas conçues pour filtrer les particules de plastique de si petite taille.

Un rapport de l’Université de Newcastle, publié en 2019, a estimé que nous ingérions en moyenne 5 grammes de plastique par semaine — l’équivalent d’une carte de crédit. Une partie majeure de cette ingestion viendrait de l’eau (en bouteille ou du robinet).

Quels risques pour la santé humaine ?

À l’heure actuelle, l’impact des microplastiques sur la santé humaine fait encore l’objet de nombreuses recherches. Toutefois, plusieurs pistes inquiètent les scientifiques :

  • Irritation et inflammation : en cas d’ingestion ou d’inhalation, les particules peuvent provoquer une réponse inflammatoire dans les tissus.
  • Transport de contaminants : les microplastiques agissent comme des éponges à polluants. Ils peuvent absorber des substances toxiques telles que les métaux lourds, les pesticides ou les perturbateurs endocriniens, puis les relarguer dans l’organisme.
  • Pénétration cellulaire : certaines études ont démontré que les nanoparticules de plastique pouvaient traverser les barrières cellulaires, atteindre les tissus et potentiellement interférer avec certaines fonctions biologiques.

En 2022, des scientifiques ont pour la première fois détecté des microplastiques dans le sang humain. Cette découverte, bien que préliminaire, souligne que ces particules peuvent circuler dans notre organisme. Les implications à long terme restent encore mal connues, mais les signaux d’alerte se multiplient.

Et concernant l’eau en bouteille ?

Un mythe tenace veut que l’eau en bouteille soit plus pure que l’eau du robinet. Or, plusieurs études ont montré qu’elle est, au contraire, souvent plus contaminée. Une recherche publiée par le journal Frontiers in Chemistry en 2018 a révélé que 93 % des bouteilles testées (issues de 11 marques courantes) contenaient des particules de plastique, certaines atteignant plusieurs centaines par litre.

Le lien est simple : l’emballage plastique, les procédés de fabrication, et même le bouchon contribuent à cette contamination. En d’autres termes, en buvant de l’eau embouteillée, on consomme aussi une dose non négligeable de plastique.

Quelles réponses institutionnelles ?

Face à la montée des inquiétudes, certains pays commencent à réagir. En Suisse, la surveillance progresse, même si la réglementation spécifique sur les microplastiques dans l’eau potable est encore embryonnaire. L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) soutient des programmes de recherche sur les polluants émergents, et des projets pilotes de filtres plus performants sont en cours d’évaluation.

Au niveau européen, l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) et l’EMA (Agence européenne des médicaments) se penchent désormais sur les potentiels effets des plastiques sur la santé. Quant à l’OMS, elle appelle à davantage d’études sans toutefois recommander pour l’instant de seuils spécifiques à respecter.

Comment réduire son exposition ?

Malgré l’absence de solutions parfaites à ce jour, certaines habitudes peuvent limiter notre exposition à ces particules :

  • Privilégier l’eau filtrée : les systèmes de filtration à osmose inverse ou les carafes avec filtres à charbon actif peuvent réduire la présence de certains contaminants, y compris de microplastiques.
  • Réduire la consommation d’eau en bouteille : cela permet de limiter à la fois l’ingestion directe de microplastiques et la création de nouveaux déchets plastiques.
  • Laver ses vêtements synthétiques avec des sacs filtrants : ces sacs retiennent une partie des fibres microscopiques libérées lors du lavage.
  • Éviter les produits contenant des microbilles plastiques : gels douche, dentifrices, exfoliants… leur composition est parfois trompeuse. Lisez attentivement les ingrédients.

Une responsabilité collective

La question des microplastiques dans l’eau est révélatrice d’un problème plus vaste : notre dépendance au plastique et notre difficulté à gérer ce matériau à la fois pratique et polluant. S’il reste essentiel de poursuivre les recherches pour mieux évaluer les risques pour la santé, il est tout aussi crucial d’agir à la source en limitant la dispersion des plastiques dans l’environnement.

Les collectivités ont un rôle central à jouer, notamment en investissant dans des infrastructures de traitement plus performantes et en renforçant les réglementations. Mais le changement commence aussi au quotidien, avec des gestes simples et une consommation plus consciente.

Car après tout, si l’eau est source de vie, ne devrait-elle pas rester exempte de plastique ?